Fondamental

BCG: Commerce, énergie et perspectives stratégiques

Emmanuelle Nadeau | 17 novembre 2025

Notre visite chez Boston Consulting Group (BCG) s’inscrivait dans une volonté claire : mieux comprendre les grandes dynamiques économiques et énergétiques actuelles, puis les replacer dans une perspective stratégique pertinente pour le Canada ainsi que pour les pays de notre mission. La présentation était structurée en trois volets complémentaires : un état des lieux des tarifs américains et du commerce international, un panorama énergétique comparatif, puis un focus sur la singularité du modèle d’Hydro-Québec.

La première partie portait sur l’évolution récente des tarifs commerciaux, en particulier du côté américain. Un constat marquant a été posé d’entrée de jeu : les tarifs moyens imposés par les États-Unis atteignent aujourd’hui un niveau inédit depuis près de 75 ans. Loin d’être symboliques, ces mesures ont un impact réel et mesurable sur les échanges. Contrairement à des cycles précédents où les hausses tarifaires demeuraient ciblées, les nouveaux tarifs couvrent désormais un panier de biens beaucoup plus large et touchent une proportion significative des importations américaines.

Dans ce contexte, l’USMCA (ou ACEUM) joue encore un rôle d’amortisseur pour le Canada et le Mexique, en exemptant certains biens de tarifs majeurs à condition de respecter les règles de conformité. Toutefois, cette protection demeure fragile. La renégociation officielle de l’accord est prévue dès juillet prochain. Les résultats de cet exercice pourraient avoir des répercussions majeures sur l’environnement tarifaire et les conditions d’accès aux marchés, renforçant l’incertitude pour les acteurs économiques et compliquant la planification des investissements à moyen terme.

La deuxième partie de la présentation proposait un large survol des marchés énergétiques, d’abord au Canada, puis en Belgique et aux Pays-Bas. Du côté canadien, les perspectives de croissance sont substantielles : le marché devrait croître d’environ 7 % par année d’ici 2035, ce qui représente près de 45 GW de capacité additionnelle. Cette croissance est toutefois encadrée par des contraintes réglementaires croissantes, notamment en matière de permis, et par des modèles de soutien qui varient fortement d’une province à l’autre.

Les dynamiques provinciales sont particulièrement contrastées. Le Québec demeure largement dominé par l’hydroélectricité, avec une croissance portée par l’éolien. L’Ontario repose sur un mix combinant nucléaire, hydroélectricité et gaz naturel, avec une attention marquée portée au stockage d’énergie par batteries (BESS). La Colombie-Britannique conserve un profil majoritairement hydroélectrique, tandis que l’Alberta mise fortement sur le gaz naturel, incluant des technologies de captation du carbone, tout en développant l’éolien et le solaire. À l’échelle du pays, une augmentation marquée de la capacité énergétique est attendue au cours des dix prochaines années afin de répondre à la hausse de la demande et à l’électrification croissante de l’économie. Cette croissance devrait être portée principalement par le solaire, l’éolien et le gaz naturel.

La comparaison avec la Belgique et les Pays-Bas a permis de mettre en lumière des approches énergétiques différentes. En Belgique, la croissance repose largement sur le solaire et l’éolien offshore, soutenus par des mécanismes de type contrats pour différence et des certificats verts régionaux. Le marché est structuré autour de trois régions, chacune disposant de son propre régulateur, ce qui complexifie la gouvernance énergétique. Aux Pays-Bas, l’éolien offshore domine nettement, avec des enchères sans subvention en vigueur depuis plusieurs années. Toutefois, des contraintes importantes liées à la congestion du réseau et au raccordement ont récemment ralenti le déploiement de nouvelles capacités. Ce cas de figure nous a permis de bien comprendre un exemple des limites physiques de la transition énergétique.

Enfin, la troisième partie de la présentation portait sur le modèle particulier d’Hydro-Québec, une réalité bien connue et profondément ancrée dans le quotidien québécois. La société d’État se distingue par une intégration verticale complète, assurant à la fois la production, le transport et la distribution de l’électricité, un modèle rare en Amérique du Nord. Cette position unique repose sur l’abondance des ressources en eau du territoire et sur des investissements structurants réalisés sur plusieurs décennies, qui ont permis de bâtir des infrastructures solides et aujourd’hui largement amorties. La tarification constitue un autre aspect clé du modèle : les prix varient selon le type de clientèle. Les clients résidentiels bénéficient de tarifs relativement bas, tandis que le secteur commercial supporte des tarifs plus élevés, offrant un levier important pour influencer les comportements énergétiques. Le secteur industriel, quant à lui, profite de tarifs compétitifs afin de favoriser l’attraction et la rétention des investissements. 

Dans l’imaginaire québécois, Hydro est bien plus qu’un simple producteur d’électricité : elle est un symbole fort d’autonomie énergétique et un pilier de l’identité québécoise moderne. Cette dimension symbolique influence directement les attentes envers la société d’État et ajoute une couche de complexité aux décisions stratégiques qu’elle doit prendre. Hydro-Québec compose avec un équilibre délicat entre plusieurs parties prenantes : la population, les communautés autochtones, le gouvernement du Québec et les partenaires d’affaires.

Dans son ensemble, la visite chez BCG a permis de mettre en perspective plusieurs enjeux actuels liés au commerce international, à la transition énergétique et aux modèles institutionnels. Les échanges ont offert une vision structurée de ces enjeux, en montrant comment des choix historiques comme la nationalisation d’une ressource, des contraintes réglementaires/tarifaires et des réalités économiques s’entrecroisent dans la prise de décision. Cette approche a contribué à enrichir la compréhension des dynamiques qui influencent aujourd’hui les orientations énergétiques et économiques du Québec, tout en posant des bases solides pour comparer ces réalités avec les modèles et les stratégies adoptés ailleurs.