Jules Stainmesse | 4 décembre 2025
Dans le cadre de son analyse des enjeux énergétiques liés aux infrastructures durables et à la dépendance technologique, la délégation PolyMonde 2026 a rencontré l’équipe stratégique de Boralex, l’un des principaux producteurs indépendants d’énergie renouvelable au Canada, et un acteur en croissance en Europe et aux États-Unis. Fondée il y a plus de 35 ans, l’entreprise développe, construit et exploite des parcs éoliens, solaires, ainsi que des solutions de stockage, représentant une capacité installée de plus de 3,2 GW.
La rencontre était dirigée par Pascal Laprise-Demers, Vice-président Stratégie et Transformation, et ancien participant de PolyMonde 2014 (Allemagne), ainsi que par Amandeep Singh, Directeur Stratégie et Planification. Leur présentation a offert un aperçu des réalités techniques, économiques et opérationnelles qui structurent le déploiement d’infrastructures énergétiques renouvelables.
Le développement d’infrastructures renouvelables repose sur des processus longs et structurés. Un projet éolien nécessite en moyenne 5 à 10 ans entre les premières études et la mise en service, ce qui impose une planification rigoureuse. Boralex agit non seulement comme investisseur mais surtout comme opérateur, responsable de l’analyse du vent, de la conception de sites, de la modélisation technique et du suivi opérationnel. Cette expertise est essentielle pour garantir des infrastructures fiables sur plusieurs décennies.
Les revenus de l’entreprise proviennent principalement de PPA (Power Purchase Agreements). Lors de leur signature, ces contrats ont une durée initiale d’au moins 20 ans, permettant à un producteur de sécuriser ses flux financiers et de financer des infrastructures à forte intensité capitalistique.
Les infrastructures énergétiques doivent également soutenir une demande électrique en hausse. Maintenir l’équilibre du réseau est déjà un défi aujourd’hui, et il le deviendra davantage avec l’augmentation rapide de la consommation liée à l’électrification et aux nouveaux usages. Les entreprises technologiques, par exemple, développent plusieurs centres de données alors que la construction d’infrastructures électriques peut prendre une décennie. Cette asymétrie crée un besoin critique de flexibilité et d’investissements soutenus.
La réactivation récente de l’industrie éolienne au Québec illustre les défis de résilience industrielle. Après près de dix ans de pause, une grande partie de l’expertise locale avait migré vers d’autres marchés. Relancer une filière exige du temps, de la coordination et la reconstruction de capacités techniques. Dans ce contexte, Boralex est fière d’avoir été parmi les premiers acteurs à concrétiser cette relance avec le parc éolien Apuiat, codéveloppé avec la Nation innue. Mis en service en 2024, il s’agit du premier projet éolien d’envergure au Québec depuis 2018, composé de 34 turbines Vestas V162 de 6 MW, parmi les plus puissantes au Québec.
L’acceptabilité sociale reste un facteur déterminant. Le Québec bénéficie d’un vaste territoire, ce qui réduit parfois les frictions, contrairement à l’Europe, où la densité de population est plus élevée : un parc de 100 MW est considéré comme très important, alors qu’au Québec il s’agit d’un projet de taille moyenne. Les processus d’évaluation environnementale, comme le BAPE, jouent un rôle central dans l’intégration des infrastructures au territoire.
La transition énergétique accroît la dépendance du système électrique à des technologies avancées. L’un des principaux défis n’est pas la production elle-même, mais la variabilité de la demande, difficile à prévoir et fortement influencée par la météo, les comportements et l’activité économique. L’éolien varie selon les saisons, tandis que le solaire suit un cycle prévisible. Pour maintenir l’équilibre du réseau, ces fluctuations doivent être compensées par de l’hydroélectricité modulable, des batteries ou des ajustements en temps réel.
La demande énergétique associée aux technologies numériques augmente à un rythme sans précédent. Aux États-Unis, les centres de données consommaient déjà 183 TWh en 2024, soit plus de 4 % de l’électricité du pays, et cette part pourrait plus que doubler d’ici 2030. Cette croissance rapide crée une tension majeure : les infrastructures électriques se développent lentement, alors que les besoins technologiques croissent de façon immédiate. Pour les Pays-Bas et la Belgique, fortement numérisés et situés au cœur de l’économie européenne, cette pression énergétique est particulièrement marquée. Ces pays misent déjà sur l’éolien en mer, les interconnexions régionales et les solutions de flexibilité pour répondre à cette dépendance accrue aux technologies.
Les échanges avec Pascal Laprise-Demers et Amandeep Singh ont permis d’illustrer concrètement les défis liés au développement d’infrastructures durables et à la dépendance technologique, deux secteurs centraux de notre mission. Leurs perspectives éclairent la manière dont un acteur comme Boralex concilie planification à long terme, gestion de l’intermittence, acceptabilité sociale et diversification géographique.
La comparaison avec les Pays-Bas et la Belgique est particulièrement pertinente. Ces pays, très avancés dans le déploiement des renouvelables et confrontés à une forte pression technologique, ont développé des approches innovantes pour stabiliser leur réseau et intégrer de nouvelles capacités. Les enseignements de Boralex nous permettront d’analyser ces marchés européens avec une compréhension approfondie des réalités techniques et stratégiques associées à la transition énergétique.
Boralex. (2025). Journée des investisseurs 2025 - Présentation corporative [PDF].
https://www.boralex.com/sites/default/files/2025-09/journee-des-investisseurs-2025-dl3.pdf
Boralex. (2024, 30 septembre). Mise en service commerciale du parc éolien Apuiat. https://ca.boralex.com/fr/salle-de-presse/mise-en-service-commerciale-du-parc-eolien-apuiat-debut-dune-nouvelle-ere
International Energy Agency. (2024). Energy and AI: Energy demand from AI and data centres. https://www.iea.org/reports/energy-and-ai