Date de la visite: 4 mars 2026
Auteur: Mathis Bruyère
Dans le cadre de son campus à Québec, l’équipe de PolyMonde a eu l’occasion de rencontrer le ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP), plus précisément une équipe du sous-ministériat adjoint à l’expertise et aux politiques en milieu terrestre et du développement durable. Cette rencontre a permis d’explorer la démarche gouvernementale de développement durable, notamment par les principes inscrits à la Loi sur le développement durable qui guident l’action gouvernementale et favorisent l’intégration des considérations environnementales, sociales et économiques dans les décisions gouvernementales.
La mission du ministère est de veiller à la protection de l'environnement et des écosystèmes naturels, d'orchestrer la lutte contre les changements climatiques, et d'assurer la conservation des ressources naturelles pour les générations actuelles et futures. Sa force repose sur une équipe d'experts qui conseille et formule des recommandations aux décideurs politiques et aux élus. Les ministères et organismes doivent prendre en compte les principes de développement durable dans la conception de leurs politiques.
La Loi sur le développement durable, adoptée par l'Assemblée nationale en 2006, fait du Québec l'un des premiers États au monde à se doter d'une législation spécifique en la matière. Elle structure l'action gouvernementale autour de 16 principes, allant de l'équité sociale à l'internalisation des coûts environnementaux, en passant par la production et la consommation durables. La loi vise à assurer la cohérence des actions gouvernementales et à favoriser l’imputabilité, notamment par des contrôles exercés par le commissaire au développement durable.
La Stratégie gouvernementale de développement durable 2023-2028 (SGDD), adoptée en juin 2023, mobilise plus de 110 ministères, organismes ainsi que les réseaux parapublics autour de cinq grandes orientations soit:
En pratique, cela se traduit par des objectifs concrets comme la transition vers des modèles économiques et sociaux plus durables, la protection des écosystèmes et de la santé, le renforcement des compétences et de l’engagement des acteurs de la société, l’aménagement de milieux de vie résilients et inclusifs, ainsi que l’intégration systématique des principes de durabilité dans les décisions et pratiques de l’État. Pour soutenir la mise en œuvre de la SGDD, le MELCCFP a développé un outil d'évaluation de la durabilité. Cet outil est utilisé pour les interventions gouvernementales structurantes, soit les planifications stratégiques, les mémoires au Conseil des ministres, les programmes de soutien financier normés, ainsi que tout projet jugé majeur par l'organisation concernée. Bref, il s'agit d'une analyse permettant d'orienter les décisions gouvernementales vers des solutions plus durables.
En avril 2024, le gouvernement du Québec a lancé la Feuille de route gouvernementale en économie circulaire 2024-2028 (FREC), la première du genre en Amérique du Nord. Élaborée en collaboration avec RECYC-QUÉBEC et après consultation 40 ministères et organismes et 63 organisations externes (OBNL, institutions d’enseignement, milieu de la recherche, secteur privé et citoyens), cette feuille de route regroupe 132 actions concrètes portées par 21 ministères, représentant un potentiel financier de plus de 758 millions de dollars.
Cinq secteurs prioritaires ont été identifiés : le bioalimentaire, la construction, le manufacturier des produits textiles et des produits électroniques/électroménagers, le minier et l'énergie. Dans le secteur de la construction, les objectifs ciblent notamment la propulsion des pratiques de récupération et de mise en valeur des résidus de construction, rénovation et démolition ainsi que l’allongement de la durée de vie des matériaux et des infrastructures.
Le portrait actuel des pratiques d'économie circulaire chez les entreprises québécoises révèle toutefois un certain paradoxe : si 81,7% des entreprises déclarent au moins une pratique d'économie circulaire, cette proportion chute à 68,8% lorsqu'on exclut le recyclage et le compostage. De plus, seulement 10,9% des entreprises intègrent des pratiques sur l'ensemble du cycle de vie de leurs produits. Les leviers les plus stratégiques, comme l'écoconception, la symbiose industrielle et l'économie de fonctionnalité, demeurent les moins répandus, ce qui représente un fort potentiel d'innovation pour le génie. Ces constats sont d'autant plus préoccupants que l'indice de circularité de l'économie québécoise est passé de 3,5% en 2021 à 2,5% en 2025, en raison notamment de l'augmentation de la consommation de ressources et de la prédominance persistante du modèle linéaire.
Cette rencontre avec le ministère a renforci l’idée que les ingénieurs ont un impact concret et primordial dans le développement durable et la lutte aux changements climatiques. Cet impact est réalisé dès la conception d’un projet dans le choix d’une solution prenant en compte les aspects environnementaux et sociaux. L’analyse du cycle de vie, le choix des matériaux et l’optimisation énergétique sont tous des moyens que peuvent utiliser les ingénieurs afin de réduire l’empreinte écologique des projets.
Bien que le Québec impose un cadre de plus en plus détaillé en matière de lois et de normes sur la durabilité des projets, le développement durable doit avant tout devenir une manière de penser et d'agir. Il ne s'agit pas d'une contrainte à respecter ou d'un élément secondaire à ajouter en fin de processus, mais bien d'un principe directeur à intégrer dès le début de la conception. Maîtriser les notions de circularité, d'efficacité énergétique et de gestion durable des ressources constitue désormais une compétence essentielle, tant pour les institutions publiques que pour les entreprises privées.
La visite du MELCCFP a offert à notre délégation une perspective unique sur les rouages de la politique environnementale québécoise et sur le rôle que peut y jouer l'ingénierie. Dans le cadre de notre secteur d'étude sur les territoires et villes résilientes, cette rencontre a permis de comprendre comment les cadres législatifs et stratégiques se traduisent en actions concrètes sur le terrain.
En bref, deux constats majeurs ressortent de cette visite. Soit que la résilience des territoires n'est pas qu'une question technique, elle nécessite une gouvernance structurante et ayant une vision à long terme et une capacité à aligner plusieurs acteurs institutionnels autour d'objectifs communs. Ensuite, les ingénieurs ont un rôle déterminant à jouer dès la conception des projets pour ancrer le développement durable dans la réalité des villes et des territoires.
Cette visite pourra servir de référence pour la suite de la mission, notamment lors des visites internationales en Belgique et aux Pays-Bas, où notre délégation pourra comparer les approches européennes en matière d'économie circulaire et de résilience climatique avec le modèle québécois.
Gouvernement du Québec. (2023). Stratégie gouvernementale de développement durable 2023-2028. Ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. https://www.environnement.gouv.qc.ca/developpement/strategie_gouvernementale/strategie-DD.pdf
Gouvernement du Québec. (2024). Feuille de route gouvernementale en économie circulaire 2024-2028. MELCCFP et RECYC-QUÉBEC. https://www.environnement.gouv.qc.ca/economie-circulaire/feuille-route.html
Gouvernement du Québec. (2023). Rapport annuel de gestion 2022-2023. Ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs.
Circle Economy Foundation. (2024). The Circularity Gap Report 2024. https://www.circularity-gap.world/2024
Gouvernement du Québec. (2006, mis à jour 2024). Loi sur le développement durable (RLRQ, c. D-8.1.1). Éditeur officiel du Québec.