Date de la visite: 17 mars 2026
Auteur: Mathis Bruyère
Dans le cadre de ses visites industrielles au Québec, la délégation PolyMonde a eu la chance de visiter les bureaux de Montréal International, l'agence de promotion économique du Grand Montréal, dont le mandat couvre l'attraction des investisseurs étrangers, des organisations internationales, des talents du monde entier. La rencontre était animée par Anna Soller, directrice de projets pour l'Europe germanophone, du Sud et de l'Est, et Ana Losada, directrice de projets pour l'Europe francophone. Fondée en 1996 et financée conjointement par le secteur privé, les gouvernements du Canada et du Québec, la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) et la Ville de Montréal, Montréal International opère comme organisme à but non lucratif. Son mandat consiste à stimuler les investissements directs étrangers (IDE), à favoriser la création d'emplois et à attirer des organisations internationales dans la région métropolitaine. Ses services sont entièrement gratuits et confidentiels pour les investisseurs internationaux, ce qui constitue un premier avantage distinctif dans un contexte où les décisions d'implantation sont souvent commercialement sensibles.
Un environnement d'affaires compétitif
Le Grand Montréal génère à lui seul 56 % du PIB du Québec, ce qui en fait le moteur économique de la province. Cette concentration s'explique en partie par un grand bassin de talent: la région compte plus de 2,6 millions de travailleurs actifs, dont plus de la moitié est bilingue français-anglais. Dans un contexte d'affaires international, cette capacité à opérer dans les deux langues représente un atout considérable pour les entreprises étrangères cherchant à s'établir sur le continent.
La stabilité institutionnelle du Québec et le fait que le Canada se classe premier en Amérique du Nord selon l'indice démocratique vient renforcer cet attrait. Les entreprises étrangères placent souvent la stabilité et la prévisibilité institutionnelle au sommet de leurs critères de localisation, et Montréal répond précisément à ces attentes. Dans ce contexte, l'instabilité liée aux récentes politiques commerciales américaines renforce encore la position du Québec comme porte d'entrée logique pour s'établir en Amérique du Nord, d'autant que le Canada est le seul pays à disposer d'accords de libre-échange avec l'ensemble des pays du G7. Grâce à 15 accords en vigueur avec 51 pays, dont le PTPGP, l'AELE et l'ACEUM, la région offre un accès privilégié à 62 % du PIB mondial et à plus de 1,5 milliard de consommateurs.
Sur le plan des coûts d'exploitation, Montréal se distingue par un avantage moyen de 33 % par rapport aux grandes métropoles canadiennes et américaines, un écart qui grimpe à 40 % pour le développement en intelligence artificielle. À cela s'ajoutent des incitatifs fiscaux substantiels, notamment des crédits d'impôt en recherche et développement pouvant atteindre 45 % des coûts admissibles. Fait notable souligné lors de la visite : l'intelligence artificielle est désormais explicitement admissible comme un de ces crédits d'impôt, ce qui ouvre des opportunités concrètes pour les entreprises technologiques qui envisagent d'établir un centre de compétences dans la région.
Des secteurs d'excellence et un écosystème unique en IA
Montréal figure parmi les trois premiers hubs mondiaux en intelligence artificielle, portée notamment par les travaux du professeur Yoshua Bengio, fondateur du Mila, le plus grand laboratoire de recherche universitaire au monde en apprentissage profond. On y retrouve également l'IVADO, le plus grand consortium canadien en IA. Des entreprises comme Google, Microsoft, Meta et Thales y ont établi des centres de R-D, et plus de 48 000 travailleurs détiennent des compétences en IA dans la région.
La métropole est par ailleurs le premier pôle aérospatial canadien et le troisième au monde, et concentre 85 % des entreprises québécoises en sciences de la vie et technologies de la santé. L'écosystème des technologies propres, fort de plus de 400 entreprises innovantes, est soutenu par le marché carbone Québec-Californie, un dispositif unique en Amérique du Nord qui représente un atout singulier pour les entreprises soumises à des contraintes croissantes de durabilité. Le gouvernement québécois soutient d'ailleurs activement les entreprises qui s'engagent vers la carboneutralité et la réduction de leurs émissions de GES.
Un regard européen : Belgique et Pays-Bas
La discussion avec les intervenantes de Montréal International a permis de mieux comprendre les partenariats avec l'Europe et les besoins spécifiques des industries de ces marchés. Pour les entreprises belges, le principal défi est de démontrer que Montréal, ville officiellement francophone, est dans les faits très bilingue : 56 % de la population parle couramment le français et l'anglais, et 24 % maîtrise trois langues ou plus. Le parallèle avec Bruxelles, ville bilingue partagée entre communautés flamande et francophone, se fait naturellement.
Sur le plan logistique, le Port de Montréal constitue un point de comparaison pertinent avec les grands ports belges. Là où le port d'Anvers-Bruges s'impose comme le deuxième port européen en volume et cherche à étendre ses capacités en dépit de contraintes territoriales et environnementales croissantes. Le Port de Montréal offre un profil complémentaire. Relié à plus de 100 pays, il a manutentionné plus de 35 millions de tonnes de marchandises en 2024. Pour une entreprise belge tournée vers l'export transatlantique, cette infrastructure peut représenter une passerelle directe vers le marché nord-américain.
Pour les entreprises néerlandaises, c'est le contexte énergétique qui crée l'opportunité la plus concrète. Face aux délais de raccordement au réseau électrique qui peuvent atteindre plusieurs années aux Pays-Bas, la disponibilité d'une énergie à prix abordable, stable et largement renouvelable au Québec constitue un avantage compétitif déterminant pour les projets énergivores en fabrication avancée. Montréal International a également évoqué l'intérêt du Québec pour les entreprises néerlandaises actives en agriculture innovante, la région montréalaise développant des nouvelles technologies agroalimentaires.
En somme
La visite chez Montréal International a illustré concrètement comment une agence de promotion économique peut faire le pont entre les ambitions d'une ville, et plus largement du Québec, et les besoins très précis d'une entreprise étrangère. Montréal International ne se contente pas de valoriser les atouts de la métropole : elle accompagne chaque étape d'une décision d'implantation, de l'analyse des incitatifs fiscaux aux démarches d'immigration, en passant par la mise en relation avec le réseau de partenaires universitaires et industriels. Pour la délégation PolyMonde, cette rencontre a mis en lumière le rôle stratégique que jouent ces institutions dans l'écosystème de l'investissement étranger, et a permis de mieux saisir comment Montréal se positionne face aux grandes métropoles mondiales dans la compétition pour attirer les talents et les capitaux.