Territoires et villes résilientes

Pageau Morel: Cohabiter avec l’eau, une nouvelle réalité

Antoine Lafrance | 3 février 2026

Dans le cadre de son exploration du secteur des Territoires et villes résilientes, la délégation PolyMonde 2026 a visité les bureaux de Pageau Morel, un fleuron québécois du génie-conseil se spécialisant dans l’ingénierie mécanique et électrique du bâtiment. Les membres ont eu le privilège d’être parmi les premiers à recevoir une présentation intitulée «Cohabiter avec l’eau», un projet multidisciplinaire axé aussi bien sur l’architecture que l'ingénierie en développement depuis 2020. La présentation a été réalisée en collaboration avec Provencher-Roy et Architecture Sans Frontières Québec, qui y intègrent leur propre expertise de design, un élément particulièrement rafraîchissant, rarement exploré dans le parcours universitaire des polymondiens. Il était clair dès les premiers instants que toutes les présentatrices regorgeaient de connaissances sur le passé, le présent et le futur de la relation de nos villes avec l’or bleu.

L'ingénierie au service de villes plus résilientes au climat

La résilience aux changements climatiques s’impose désormais comme une dimension centrale de la conception et de l’ingénierie des bâtiments. À la lumière des travaux du projet Cohabiter avec l’eau, il apparaît que la réponse aux risques d’inondation ne peut plus être pensée comme une simple juxtaposition d’éléments isolés, mais doit être abordée comme un système intégré combinant stratégies d’atténuation, de résistance et d’adaptation. Cela implique d’abord une compréhension fine des chemins de l’eau  afin de contrôler précisément où l’eau circule, s’accumule ou est évacuée. Des gouttières aux fondations, des eaux souterraines aux rejets du réseau, chaque élément est essentiel. Concrètement, ces stratégies se traduisent par une série de démarches complémentaires : détourner l’eau loin des zones vulnérables, réduire l’intensité de l’aléa par des surfaces perméables et des bassins de rétention, et diminuer la sensibilité des éléments exposés par des revêtements, des obstacles et des dispositifs d’étanchéité adaptés aux conditions extrêmes. Cette approche multidimensionnelle, loin de se concentrer sur une seule mesure, vise à créer un tissu constructif capable d’absorber, de gérer et de revenir à un état fonctionnel rapidement après un événement pluvial extrême, une notion essentielle alors que les épisodes de précipitations intenses deviennent de plus en plus fréquents.

Production d’énergie renouvelable et autonomie des bâtiments face aux inondations

La capacité d’un bâtiment à rester opérationnel lors d’un épisode d’inondation dépend aussi de son autonomie énergétique. L’intégration de sources d’énergie indépendantes, telles que des panneaux solaires ou des génératrices, permet de maintenir l’alimentation des équipements critiques lorsque les réseaux traditionnels sont perturbés. Cette approche repose également sur la protection et la relocalisation stratégique des systèmes mécaniques et électriques, afin de limiter leur exposition à l’eau. L’autonomie énergétique devient alors un outil de résilience à part entière, soutenant à la fois la sécurité des occupants et la rapidité du retour à un état fonctionnel après l’événement.

Remodeler l’espace urbain pour la continuité des flux

L’aménagement des réseaux de circulation est intimement lié à la gestion des eaux pluviales, particulièrement en contexte d’inondation. Les échanges ont mis en évidence que l’infrastructure routière constitue souvent le point le plus bas du territoire urbain, la rendant à la fois vulnérable et stratégique pour maintenir l’accessibilité aux services essentiels. Dans cette optique, la réduction de la minéralisation excessive des villes devient un levier central. Les surfaces perméables, les jardins de pluie et les bassins de rétention permettent de ralentir et de stocker l’eau avant qu’elle ne surcharge les chaussées et les réseaux. Maintenir certains axes fonctionnels, même en conditions dégradées, s’inscrit ainsi dans une logique de résilience pragmatique, où l’espace public est pensé non pas pour éviter totalement l’inondation, mais pour continuer à fonctionner malgré elle.

Conclusion

En conclusion, cette rencontre a permis de mieux comprendre comment la résilience aux changements climatiques s’inscrit dans une approche intégrée de conception du bâti et de l’espace urbain, où la gestion de l’eau devient un paramètre structurant plutôt qu’une contrainte ponctuelle. Elle a mis en lumière que la performance des bâtiments face aux inondations repose autant sur la qualité des systèmes techniques que sur une compréhension fine des dynamiques hydriques et des vulnérabilités propres à chaque site. En confrontant des stratégies de résistance, d’atténuation et d’adaptation, l’équipe a pu saisir comment des solutions multiples, combinées et complémentaires, permettent non pas d’éliminer le risque, mais de composer avec lui de manière plus durable. Cette vision illustre une évolution des pratiques, où l’ingénierie, l’architecture et la planification urbaine progressent ensemble vers des environnements capables d’absorber les chocs climatiques tout en maintenant leur fonctionnalité essentielle.

Pageau Morel. (2026). Une expertise reconnue et recherchée. https://www.pageaumorel.com/expertises/

Architecture sans frontières Québec. (2026). Cohabiter avec l’eau : boîte à outils pour la construction résiliente aux inondations. https://www.asf-quebec.org/resilience/