Chimie avancée et matériaux innovants

Plastiques GPR: Les plastiques, un réel ennemi?

Julianne Gravel | 27 novembre 2025

À première vue, le plastique est souvent perçu comme l’un des grands ennemis de l’environnement: microplastiques, effets sur la santé, pollution des océans ou dépendance au pétrole. C’est dans ce contexte que la délégation de PolyMonde 2026 a visité Plastiques GPR, à Saint-Félix-de-Valois, afin de mieux comprendre le rôle du plastique dans notre société et les solutions développées pour revaloriser ses déchets. Entreprise aux valeurs familiales, Plastiques GPR démontre un engagement clair envers le développement durable, notamment grâce à l’évaluation ECOVADIS, pour laquelle elle a obtenu 57 points. Elle offre également plus de 30 modèles d’horaires pour accommoder ses employés et, depuis 2018, un poste d’assemblage manuel destiné à la réinsertion de personnes en situation de handicap grâce au Plateau de travail Cyber-Cible.

Secteurs essentiels

Même si la volonté de réduire l’usage du plastique est forte dans la société, ce matériau demeure indispensable dans plusieurs secteurs. En aéronautique, il permet d’alléger les pièces et de réduire la consommation de carburant. Dans le domaine médical, sa stérilité est essentielle pour assurer la sécurité des patients. Bien que le verre puisse remplacer certains usages, sa fragilité représente un risque important, notamment pour les fioles de médicaments, car il peut entraîner des blessures ou un accès accidentel aux produits par les enfants si la fiole venait à se briser. Au-delà de ces domaines, les plastiques possèdent aussi des propriétés uniques: résistance à la corrosion pour les réseaux d’eau potable, résistance aux températures extrêmes et au rayonnement pour les satellites, ou encore protection contre les courts-circuits et l’humidité dans l’électronique.

Recyclage du plastique

Pour comprendre l’apport du recyclage dans ce secteur, il est important de distinguer le plastique post-industriel, issu des retailles de fabrication et généralement de bonne qualité, du plastique post-consommation, provenant du tri des bacs de recyclage. Chez Plastiques GPR, environ 25 % du plastique utilisé depuis le début de l’année est recyclé, alors que cette proportion atteignait 34 % en 2024 et seulement 4 % il y quelques années. 

Les barrières au recyclé

L’intention de l’entreprise est d’augmenter encore cette part, mais plusieurs obstacles ralentissent cette progression. Le marketing en est un premier, puisqu’il impose souvent des couleurs très précises incompatibles avec les granulés recyclés, qui sont habituellement plus foncés. S’ajoute la perception selon laquelle le plastique recyclé possède des propriétés inférieures, une impression souvent fausse et qui peut être corrigée grâce à des additifs. Certaines normes, notamment pour les produits en contact avec les aliments ou les médicaments, limitent également son utilisation (règlement CFR 21 administré par la FDA). Dans le secteur ferroviaire, par exemple, les pièces doivent répondre à des exigences strictes concernant les émissions de toxines et d’inflammabilité en cas d’incendie. Finalement, le plastique recyclé est plus coûteux à produire que la matière vierge, malgré la croyance populaire selon laquelle il devrait coûter moins cher en raison des étapes supplémentaires de collecte, tri, nettoyage, contrôle qualité et ajout d’additifs. Malheureusement, ce n’est pas le cas, il y a un réel prix à payer pour soutenir des solutions écologiques.

L’utilisation du plastique recyclé

Alors que certains cachent l’utilisation de recyclé, d’autres sont déçus de constater que son apparence ne le laisse pas deviner! Après comparaison, il est vrai que, mise à part la couleur des échantillons présentés, la différence n’était pas évidente. Lors de la visite, la délégation a pu observer la fabrication de supports entièrement recyclés pour la gestion des eaux pluviales. D’autres produits utilisant des matières recyclées ont également été mentionnés: bouchons d’aération, chaises solaires, masques conçus durant la COVID-19, etc. L’impact environnemental de cette utilisation est majeur: on estime qu’un kilogramme de polypropylène recyclé émet environ sept fois moins de CO₂ qu’un kilogramme de résine vierge, tandis que cette réduction est d’un facteur 3,8 pour le polyéthylène haute densité.

Projet-pilote de recyclage des fioles de médicaments

Ce projet, lancé en 2023, n’est certes pas le plus rentable pour Plastiques GPR, mais il permet de remettre en circulation une matière plastique qui aurait probablement été perdue au tri en raison de sa petite taille. Ce sont 57 points de collecte installés dans des pharmacies et résidences pour aînés au Québec qui permettent de récupérer les fioles de médicaments, la principale limite du projet étant le transport de retour vers l’usine. Malgré tout, 1996 kg de résine ont été récupérés depuis le début de 2025, alors qu’en 2024 ce chiffre s’élevait à 169 kg. Une fois reçues, les fioles passent au granulateur pour être réutilisées dans la fabrication de bacs de chauffe-eau.

Conclusion

La rencontre avec Gino Belleville et Karine Côté, responsable du développement durable, a permis de constater l’investissement réel de l’entreprise dans l’économie circulaire. Non seulement elle augmente la part de matières recyclées dans sa production, mais elle valorise aussi ses propres déchets par le biais d’entreprises externes, qu’il s’agisse de gants transformés en planchers de gymnase, de glassine convertie en ouate de cellulose d’isolation ou même de mégots de cigarettes recyclés en bancs de parc. Pour PolyMonde, cette visite a été l’occasion de mieux comprendre les possibilités offertes par le recyclage dans l’industrie du plastique, mais aussi les défis qui demeurent pour en élargir la portée auprès des clients et dans les produits du quotidien. La visite a également permis d’observer diverses technologies automatisées dédiées à la transformation de la matière plastique en produits finis, depuis l’usinage robotisé jusqu’à l’assemblage automatisé elle aussi dans certaines sections de la production.