Fondamental

Quand conteneurs, trains et camions font équipe

Julianne Gravel | 1er avril 2026

Le port de Montréal dispose d’environ 26 kilomètres de quais et d’installations portuaires le long de l’île de Montréal, auxquels s’ajoutent environ 4 kilomètres à Contrecœur ainsi que 100 km de voies ferrées, un vaste terrain qui lui permet d’accomplir sa mission : stimuler l’économie canadienne. Avec leur slogan GGG « Great, Green and Growing », ils se positionnent comme des concurrents sérieux du Port de New York, grâce à un emplacement stratégique et un modèle de destination unique. Parallèlement, ils mettent un fort accent sur le développement durable, puisque 30 % de leur territoire demeure encore à l’état naturel. Le Port se structure autour de trois segments : les conteneurs, les vracs liquides et les vracs solides. Le secteur des liquides, dont le volume est d’environ 14 millions de tonnes en 2024, regroupe notamment l’éthanol, l’essence, les fertilisants et des produits chimiques avec la présence, par exemple, de la raffinerie Suncor, qui illustre bien cette activité. Dans ce contexte, les opérations du Port ressemblent à une forme d’immobilier industriel : le terrain appartient au gouvernement, mais des entreprises s’y installent et bénéficient de services comme l’électricité et un réseau d’égouts dédié. À travers des baux émis par l’Administration, les opérateurs y ajoutent leurs propres équipements pour mener leurs activités.

Des quais animés par la main-d'œuvre et la technologie 

L’Association des employeurs Maritimes (AEM) gère plus de miles débardeurs qui déchargent les conteneurs des cinq terminaux (Viau et Maisonneuve par Termont, Racine et Cast par MGT, et Bickerdike). En fonction des besoins quotidiens, ils attribuent les tâches à leurs employés et aident à négocier des ententes pour assurer une main-d’œuvre suffisante et équitable sur le long terme. Grâce à l’intelligence artificielle, l’heure d’arrivée des navires peut être anticipée avec précision 3 semaines à l’avance, une nette amélioration de 20 jours par rapport au système employé en 2022. Ce travail est essentiel, car ce sont environ 1,5 million d’EVP (équivalents vingt pieds) qui ont été traités en 2024, pour un port qui reste peu, voire pas, automatisé.

Contrairement à d’autres ports de l’est de l’Amérique du Nord, comme ceux de New York et Halifax, le Port de Montréal traite la totalité des conteneurs : 100 % de ce qui arrive est déchargé et le navire est ensuite chargé idéalement à 100 % avant de repartir. La gestion des navires est un défi pour tous les ports, car leur arrivée dépend en grande partie des conditions océaniques et des autres escales d’une route, ce qui peut provoquer de forts flux en peu de temps, d’où l’importance d’une bonne organisation. Afin de suivre et préparer les arrivées des navires, le Port emploie différentes technologies dont l’AI.

L'intermodalité : la grande force de Montréal 

Mais ce n’est pas seulement sur ce point que le Port se démarque : il est également reconnu à l’échelle nord-américaine pour son secteur intermodal, utilisant la voie maritime vers les Grands Lacs, et deux chemins de fer, Canadian Pacific et Canadian National, avec des trains pouvant atteindre 14 000 pieds de longueur. Avec ses 100 km de voies ferrées, le Port parvient à charger les trains avec deux conteneurs en hauteur, ainsi que quatre locomotives, un avantage unique au Canada.

En plus de ces deux modes de transport, le Port travaille depuis quatre ans sur des projets d’optimisation routière, avec un focus tout particulier sur les accès via la rue Notre-Dame et l’autoroute 25, impactée par les 500 000 camions annuels desservant le Port, soit 60 % des marchandises transportées, le 40 % restant étant attribuable aux trains. L’objectif de l’Administration est de travailler en concert avec la Ville de Montréal pour optimiser la gestion des feux de circulation aux heures de pointe pour réduire les émissions des camions en limitant les accélérations et freinages. L’embouteillage est un enjeu autant pour les conducteurs que pour la qualité des routes, affectées par le poids des camions. Le Port envisage également d’utiliser des traceurs pour mieux comprendre les impacts des opérations portuaires sur les infrastructures afin d’améliorer la fluidité des opérations ainsi que les déplacements des camions sur le réseau de la ville et sur le territoire portuaire.

Les limites du Saint-Laurent et l'engagement vert 

Une limite géographique à considérer est la profondeur du fleuve Saint-Laurent. Cela restreint la taille et le poids des navires, empêchant les méganavires (jusqu’à 23 000 EVP) d’accoster, contrairement à des ports comme Rotterdam, Shanghai ou Los Angeles, qui bénéficient d’eaux profondes. Cette restriction physique a un impact environnemental que le Port s’efforce de réduire. Bien que les activités ferroviaires sur le territoire portuaire ne génèrent que 15 % des émissions totales du Port, des efforts sont faits pour les diminuer davantage. Par exemple, ils ont remplacé des locomotives par des locomotives d’une nouvelle génération réduisant les émissions de GES de près de 30 %.

Port de Montréal. (s.d.) Vrac liquide. https://www.port-montreal.com/fr/marchandises/affaires/tous-types-de-marchandise/vrac-liquide

Lubeck, A. (30 septembre 2024). Combien gagnent les débardeurs en grève du Port de Montréal? Le journal de Montréal. https://www.journaldemontreal.com/2024/09/30/greve-au-port-de-montreal-combien-ca-gagne-un-debardeur

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Port de Montréal. (s.d.). Projet d’augmentation de la capacité ferroviaire. https://www.port-montreal.com/fr/le-port-de-montreal/projets/augmentation-de-la-capacite-ferroviaire