Florent Pérusse | 13 novembre 2025
Rio Tinto est l’un des leaders mondiaux de l’industrie minière et métallurgique, actif dans la production d’aluminium, de cuivre, de minerai de fer, de lithium et d’autres minéraux essentiels à la transition énergétique. Présent dans 35 pays, le groupe exploite des mines, des usines d’électrolyse et des raffineries, mais aussi des centres de recherche et d’innovation. Au Québec, Rio Tinto occupe une place stratégique avec des installations à Havre-Saint-Pierre, Sept-Îles, Saguenay et Sorel-Tracy, ainsi qu’un centre administratif et technologique certifié LEED Platine à Montréal. C’est dans ce centre que PolyMonde a eu le privilège de découvrir les initiatives scientifiques et technologiques du groupe, dont des projets novateurs pour une industrie plus durable.
La première présentation a été donnée par Marie-Christine Simard et Julie Élize Guérin, toutes deux RioExperts. Ce programme interne regroupe des spécialistes de haut niveau dans leur domaine, responsables d’accompagner les équipes opérationnelles, de contribuer à la recherche et de soutenir les décisions techniques stratégiques de l’entreprise. La portion liée au traitement de l’eau a permis de mieux comprendre la chaîne de production de l’aluminium — du raffinage de la bauxite selon le procédé Bayer à l’usine Vaudreuil jusqu’à l’électrolyse des cuves au Saguenay — en mettant l’accent sur les enjeux associés à l’eau de procédé et à la gestion environnementale des résidus. Les défis entourant la gestion des résidus de bauxite, un matériau hautement alcalin produit en grande quantité, ont été expliqués en détail. L’équipe a pu découvrir les stratégies de traitement actuellement mises en place, ainsi que les efforts de recherche visant des approches plus durables. Des collaborations universitaires servent aujourd’hui à tester des solutions basées sur les plantes pour abaisser le pH des eaux de ruissellement. Ces travaux ouvrent la voie au développement de marais filtrants adaptés aux conditions nordiques, capables de réduire la charge alcaline avant la réintroduction dans l’environnement.
Julie Élize Guérin, quant à elle, a mis l’accent sur la valorisation des sous-produits industriels. Le projet dévoile comment les résidus de bauxite peuvent être intégrés dans des enrobés bitumineux, tout en améliorant les performances mécaniques des routes. Les travaux portent également sur la production d’anhydrite synthétique, qui provient du procédé de production du fluorure d’aluminium, utilisée comme engrais en agriculture, notamment dans des essais réalisés sur des parcelles de bleuets. Une production de 4000 pots de confiture de bleuets a pu être distribuée aux employés de Rio Tinto. Enfin, la valorisation des sous-produits issus de la calcination du coke (CHAC) nous a été présentée, ceux-ci étant désormais reconnus comme améliorants calciques certifiés, utiles pour les sols pauvres ou acidifiés.
L’échange avec Jaidev Prasad, Chief Advisor Next Generation, a porté sur les risques associés aux digues de résidus miniers et sur les stratégies d’avenir pour mieux les maîtriser. Trois axes structurent actuellement la réflexion de Rio Tinto: réutiliser les résidus en y extrayant des métaux stratégiques comme le scandium ; réduire leur volume à la source en optimisant les procédés, notamment par la flottation grossière qui diminue la consommation énergétique ; et réimaginer entièrement le traitement des résidus par des technologies de rupture, dont l’électrocinétique (EK-ISL), une approche plus complexe mais porteuse du potentiel d’innovation le plus important, puisqu’elle permet d’extraire des métaux sans déplacer massivement de sol. Jaidev Prasad a également mis en évidence le rôle croissant de l’intelligence artificielle dans l’exploration minière, utile pour accélérer la découverte, modéliser les gisements et anticiper les risques ; l’IA agit ici comme outil d’aide à l’analyse, tout en laissant les décisions finales entre les mains des experts réunis autour de la table.
Cette visite chez Rio Tinto a été une immersion inspirante dans une entreprise qui conjugue science, ingénierie et durabilité pour transformer ses opérations. Les discussions avec les RioExperts et les chercheurs ont dévoilé comment l’eau, les résidus et la valorisation des matériaux peuvent être repensés en opportunités technologiques. Pour PolyMonde, cette expérience souligne la pertinence de développer des approches circulaires et innovantes, des idées que nous pouvons intégrer dans nos réflexions sur la chimie avancée, les matériaux durables et la valorisation des déchets.
Rio Tinto. (2023). Pourquoi il faut plus de femmes en science. Rio Tinto. https://www.riotinto.com/fr-ca/can/news/stories/why-more-women-are-needed-in-science
Rio Tinto. (n.d.). Nos activités / Our business. Rio Tinto. https://www.riotinto.com/fr-ca/can/about/our-business